Deux destinées, deux regards : quand collectionner devient passion
C’est dans un appartement lumineux du centre de Lyon qu’Anne-Claire et Laurent se retrouvent ce samedi après-midi autour d’un café sollicité par legrosbuzz.com. Tous deux collectionneurs d’art contemporain, ils s’accordent le temps d’un échange approfondi sur leur parcours et leur rapport à l’art. Au fil de la conversation, leurs voix dévoilent deux approches contrastées – mais complémentaires – de l’acte de collectionner. Entre quête personnelle, soutien à la création émergente et engagement citoyen, ils questionnent la place de l’art contemporain dans nos vies, loin des clichés mondains.
Les prémices d’une passion : premiers pas dans la collection
Laurent, 52 ans, cadre supérieur et passionné d’art urbain, se souvient : « Ma première œuvre, je l’ai achetée presque par hasard lors d’une exposition de jeunes artistes montpelliérains. Je n’avais aucune idée de ce que voulait dire “collectionner”. L’œuvre en question, un collage pop, a bouleversé mon regard sur ce qu’on appelle art au quotidien. »
De son côté, Anne-Claire, 37 ans, éducatrice et visiteuse assidue des galeries lyonnaises, confie avoir d’abord été guidée par la curiosité et l’échange : « Rencontrer un artiste, entendre le récit de la genèse d’une œuvre, ça a été un vrai déclic. Ma collection n’a pas débuté par un achat important, mais par de petites pièces, des sérigraphies parfois anonymes, que je voulais comprendre avant de les accrocher chez moi. »
Collectionner : un geste personnel, mais pas solitaire
Dès les premières œuvres, la collection s’est imposée comme une expérience unique, à la fois intime et tournée vers les autres. Anne-Claire souligne : « Chaque acquisition a marqué une période, une rencontre ou même un questionnement personnel. Pourtant, paradoxalement, j’ai très vite ressenti le besoin de partager ces œuvres, d’organiser des soirées, d’inviter les voisins ou des collègues à les découvrir. L’art devient prétexte à la discussion. »
Laurent, lui, fait du partage un véritable moteur : « On imagine souvent le collectionneur comme replié sur son trésor, mais ceux que j’ai rencontrés sont tout l’inverse. Prêter des œuvres à une exposition, soutenir une résidence d’artiste ou participer à une collecte de fonds, c’est aujourd’hui partie intégrante de ma démarche. »
Entre raison et intuition : critères de choix et engagements
Qu’est-ce qui fait qu’une œuvre « entre » dans une collection ? Les réponses varient, mais l’intuition reste un point de départ décisif. Pour Anne-Claire, il s’agit d’abord de la sensation éprouvée devant l’œuvre : « Il y a un moment presque physique : une émotion qui court, un trouble, parfois même une gêne. Si une œuvre me pose une question ou provoque une tension, je sais qu’elle trouvera sa place. »
Laurent nuance : « J’ai parfois cédé à un coup de cœur, mais je crois que je raisonne aussi en termes d’engagement. Soutenir la carrière d’un jeune artiste, l’accompagner sur quelques années, c’est aussi investir sur une histoire humaine. Avec l’expérience, je me documente, j’échange avec des galeristes, j’essaie de comprendre les enjeux formels... Mais je reste persuadé qu’on achète moins avec la tête qu’avec le ventre. »
L’art contemporain à la maison : vivre avec les œuvres au quotidien
Vivre entouré d’art n’a rien d’anodin. Anne-Claire aime réorganiser régulièrement ses espaces, déplacer ses œuvres en fonction des saisons ou de ses invités. « Une œuvre que je croyais “maîtriser” peut soudain m’échapper ou me bouleverser à nouveau. Être entourée d’art réveille ma curiosité, y compris vis-à-vis de moi-même. »
Laurent insiste sur le dialogue silencieux instauré au fil du temps : « On n’accroche pas une photo abstraite ou une sculpture dérangeante de la même façon qu’un paysage. L’art contemporain demande souvent un effort, il questionne la normalité de nos objets domestiques. Mais il m’apporte une énergie que je qualifierais d’indispensable. »
Soutenir la création : le rôle citoyen du collectionneur
Au-delà de l’accumulation, Anne-Claire et Laurent voient dans la collection une dimension éthique et politique, particulièrement cruciale dans le contexte économique fluctuant de l’art contemporain. Anne-Claire explique : « Acheter une œuvre à un moment clé, c’est parfois permettre à un artiste d’exister, de financer ses prochains projets. Je privilégie les productions locales ou les artistes émergents qui prennent la parole sur les questions de société. Collectionner devient alors un vote, un engagement social. »
Laurent va plus loin : « De plus en plus, je choisis d’investir dans des œuvres produites à partir de matériaux recyclés ou qui questionnent l’écologie. Je pense que les collectionneurs ont un rôle à jouer pour valoriser des pratiques responsables et inclusives, au-delà des effets de mode du marché. »
Rapports avec le marché, la galerie, l’artiste : évoluer avec le temps
L’un et l’autre en conviennent : leur rapport au marché a évolué au fil des ans. Anne-Claire confie : « J’étais intimidée par le système galeries au départ, j’y voyais quelque chose d’un peu fermé. Mais en discutant avec des médiateurs, des artistes ou d’autres amateurs, j’ai compris que la plupart des acteurs de l’art contemporain souhaitent décloisonner ce monde. Aujourd’hui, je choisis mes achats autant sur un coup de cœur que sur la bienveillance du lieu. »
Laurent, qui a davantage fréquenté les salons et foires internationales, note une évolution des codes : « Les réseaux sociaux et les plateformes en ligne ont tout changé. Je découvre désormais des talents sur Instagram ou lors de ventes numériques. Certes, il reste crucial de voir une œuvre en vrai – rien ne remplace la rencontre physique – mais le marché devient plus ouvert, plus accessible. »
Transmettre, partager, inspirer : la collection comme aventure collective
Les deux collectionneurs insistent sur la dimension pédagogique de leur passion. Anne-Claire anime régulièrement des ateliers d’initiation à l’art contemporain dans des collèges : « Lorsque les jeunes découvrent qu’on peut aimer une œuvre “bizarre” ou “incompréhensible” sans pour autant être spécialiste, ils se sentent plus légitimes. Partager cette liberté de regard, c’est aussi lutter contre les stéréotypes. »
Laurent, père de deux adolescents, s’attache à impliquer ses enfants : « Je leur demande de choisir l’accrochage de temps à autre, de donner leur avis, voire de sélectionner ensemble une acquisition. La collection devient un jeu, un moment d’échange familial. »
Regards croisés : conseils et témoignages pour ceux qui souhaitent se lancer
- Anne-Claire : « Commencez petit, soyez curieux, osez pousser la porte d’un atelier ou d’un centre d’art. Vous n’avez pas besoin d’être expert pour apprécier, votre émotion reste la meilleure guide. »
- Laurent : « Multipliez vos rencontres, échangez avec d’autres amateurs, posez toutes les questions même les plus naïves. L’art contemporain est une aventure accessible à qui s’en donne la liberté, peu importe le budget. »
Pour tous deux, le plaisir de collectionner ne réside pas dans la possession, mais dans l’histoire qui s’écrit entre l’œuvre, son créateur, le collectionneur et, par ricochet, tous ceux qui y déposent leur regard.
En conclusion : la collection, vecteur de liens et de sens
À travers ces deux voix singulières, la collection d’art contemporain apparaît moins comme un acte élitiste que comme une aventure intérieure et collective. Qu’elle nourrisse le questionnement, la convivialité, l’engagement ou la simple joie du partage, elle reste un outil vivant pour penser le monde autrement.
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